Risques & SIG

Analyse | 06 Mai 2026

Inondations au Togo : Sortir de la Fatalité par l'Intelligence Spatiale

Les rapports de ReliefWeb (mai 2024) sont sans appel : des milliers de sinistrés dans le Grand Lomé, notamment à Bè Ahligo et Léo 2000. Comme l'établit Yvette Veyret dans Géographie des risques, l'inondation est un risque « construit » par des choix d'aménagement défaillants.

Pays côtier de l’Afrique de l’Ouest, le Togo a une superficie de 56 600 km2. Il s’étire du nord au sud sur 600 km avec une largeur qui n’excède pas 120 km et est situé entre les méridiens 0°20 et 1°50 Est et les parallèles 6° et 11°10 Nord (PNAE, 2001). Il est limité à l’Ouest par le Ghana, à l’Est par le Bénin, au Nord par le Burkina Faso et possède une façade maritime de 55 km.

Le Togo jouit d’un climat intertropical caractérisé par des températures moyennes élevées au nord et modérées au sud et des amplitudes thermiques élevées au nord et faible au sud. Le sud Togo est marqué par 4 saisons de durée très inégales : 2 saisons sèches (la grande de Novembre à Mars et la petite centrée sur le mois d’Août) et 2 saisons pluvieuses (La grande d’Avril à Juillet et la petite de Septembre à Octobre). Dans l’année, la ville de Lomé enregistre la plus faible précipitation (930 voire 760 mm/an).

Le Togo, surtout la majeure partie de la ville de Lomé est fortement confrontée à d’énormes défis et difficultés en saison des pluies en matière d’hydraulique urbaine et d’assainissement. Plusieurs de ses quartiers sont le plus souvent submergés par les eaux surtout avec un débordement des bassins de rétention d’eaux ainsi que le mauvais état des caniveaux causé par l’incivisme de certains citoyens indélicats qui en font leurs poubelles. Aussi faut-il ajouter que la ville de Lomé et ses environs qui sont en proie à une forte urbanisation incontrôlée en raison de l'absence initiale d'un Schéma National d'Aménagement du Territoire (SNAT) et particulièrement d'un Plan Local d'Urbanisme (PLU) au niveau des collectivités territoriales qui donc cause une modification des sens naturels d’écoulement des eaux de pluie vers les bassins versants.

Le drainage des eaux devient dès lors un véritable défi pour nos collectivités et l’Etat car cet état de chose a d’énormes conséquences sur les activités socio-économiques et sanitaires des populations lesquelles sont des acteurs essentiels dans la réussite de la décentralisation territoriale. Certaines zones aussi reconnues comme étant inondables, donc vulnérables aux pluies ou excédents pluviométriques sont habitées par des citoyens ce qui pose également un problème dans la délivrance des permis de construire car si on peut accuser chaque fois l’Etat nous sommes aussi le plus souvent victimes de nos propres turpitudes en nous installant dans des zones non ædificandi.

À l’heure où l’action préventive et l’amélioration permanente planifiée doivent succéder à l’ère du curatif et du correctif, la problématique des inondations au Togo trouve alors tout son sens car s’il est important de faire un bref aperçu sur la notion d’inondation (I), de faire l’état des lieux du phénomène dans la ville de Lomé (II), il faudra tout de même évoquer les approches de solutions déjà mises en place par les autorités (III), le bilan de ces mesures (IV), les causes des inondations (V), sans oublier de proposer des approches de solutions, les outils, méthodes et process pour résoudre l’inquiétant problème sur les inondations au Togo (VI).

I. DE LA NOTION D’INONDATION

L'inondation est une submersion, rapide ou lente, d'une zone habituellement hors d'eau. Cette submersion peut être temporaire, naturelle ou artificielle, d'un espace. Le risque d'inondation est la conséquence de deux composantes : l'eau qui peut sortir de son lit habituel d'écoulement et l'homme qui s'installe dans l'espace alluvial pour y implanter toutes sortes de constructions, d'équipements et d'activités.

Le terme d’inondation est fréquemment utilisé pour décrire :

II. ETAT DES LIEUX DU PHENOMENE DANS LA VILLE

Les saisons de pluies ont été très pluvieuses au Togo ces dernières années. Les pluies diluviennes ont entrainé des dégâts matériels importants et des pertes en vies humaines. Elles ont été accompagnées de vents violents et ont causé des inondations dont l’ampleur varie d’une zone à une autre sur l’ensemble du territoire national. Mais la situation a été particulièrement grave dans la ville de Lomé et ses environs. Cette pluviométrie au-dessus de la normale (plus de 350mm contre une moyenne normale d’environ 200mm) est également à l’origine de crues exceptionnelles par endroit de certains lagunes, bassins et rivières à l’instar des bassins Todman ; de Ségbé ; de Léo 2000 ; de CAP Champion ; de 2 lions ; derrière aéroport ; la lagune place Bonké ; de Novissi et de ses environs ; la rivière de Zio ; etc.

Cette situation a induit des effets incalculables sur le secteur de logement. En effet, selon l’évaluation des dommages et pertes ces derniers temps, au total 35 578 maisons sont inondées dont 3 832 endommagées et 1 330 détruites. Dans certaines localités de la ville jusqu’à l’instant T, nombre d’habitants vivent toujours leur quotidien dans les eaux écumantes et boueuses depuis des mois pendant que d’autres ont déserté leur domicile. Les puits à grands diamètres ne sont plus utilisables et les sanitaires notamment les douches, les WC (fosses septiques) et les puits perdus ne sont plus opérationnels.

À partir de la grande pluie du 12 juillet 2023, nombre de localités de Lomé sont victimes d’inondation. On note entre autres Tokoin Novissi (pharmacie Gbézé et ses environs) ; Boulevard de la Kara (rails d’Adéwi) ; Boulevard des Armées (carrefour Adjalé) ; Ahanoukopé et Place Bonké (lagune débordée) ; Hédzranawoe (derrière Hôtel El Doria) ; Tokoin Gbadago ; Atikoumé ; Légbassito ; Bè ; Adamavo ; Kagomé ; Baguida (Dévégo) ; Avépozo (Olibo-kopé) ; etc.

De part les analyses, il est à noter que les populations des localités sinistrées sont implantées dans les lits majeurs des cours d’eau et dans les zones marécageuses et à risque, ce qui les rend beaucoup vulnérables aux débordements des eaux. Dans la ville de Lomé, les mauvaises pratiques en matière d’assainissement font que les eaux usées domestiques polluent la nappe phréatique, et les déchets plastiques empêchent l’infiltration. Le rejet des déchets solides dans les ouvrages d’assainissement collectif entrave la bonne circulation des eaux. L’occupation anarchique des dépressions et du lit des cours d’eau, est un facteur accentuant les problèmes d’inondation.

Ces fortes pluies ont engendré des dégâts importants sur les infrastructures routières. Faute de canalisations hydrauliques, les eaux de ruissellement ont envahi les rues et pistes, dégradant ces dernières ou emportant des ouvrages entiers par endroit. À ces destructions, s’ajoutent l’apparition des nids de poules et le ravinement de la chaussée par endroits dans bon nombre de quartier. Par ailleurs, les dommages causés à l’environnement par les inondations sont importants dans l’ensemble au regard des effets induits. Il s’agit notamment des phénomènes de pollution sur la santé, la dégradation du cadre de vie, la réduction du pouvoir d’achat des communautés touchées…

Eu égard à tout ce qui vient d’être mentionné, il est important souligner qu’il existe une corrélation entre la pauvreté et la vulnérabilité aux inondations. En effet, du fait de la pauvreté, beaucoup de personnes, bien que conscientes des risques, s’installent dans des zones reconnues inondables à coût abordable. Il en est de même dans le choix des matériaux et du type de construction. Indéniablement, ces personnes sont les premières affectées par les moindres inondations qui surviennent et qui les enfoncent davantage dans leur état de pauvreté. S’agissant de la santé, les populations des zones inondées sont exposées à des maladies comme la diarrhée, le choléra, le paludisme, la fièvre typhoïde…

III. LES MESURES PRISES PAR LES AUTORITES

Ces dernières années, des inondations sévères ont touché le Togo, notamment dans les zones périurbaines de Lomé. Elles sont, malheureusement devenues récurrentes dans un contexte de changement et de variabilité climatique accrue. Ainsi, eu égard à son caractère persistent et conséquences enregistrées sur l’économie nationale et sur les populations les plus vulnérables, le gouvernement togolais a érigé la Réduction des Risques de Catastrophes (RRC) en priorité nationale. Des initiatives sont prises en vue d’apporter des réponses appropriées aux crises de catastrophes tout en prenant en compte la durabilité dans les interventions.

De ce fait, cette volonté politique se traduit par l’élaboration de plusieurs documents de planifications stratégiques dont le Programme National d’Investissement pour l’Environnement et les Ressources Naturelles (PNIERN). Ces documents consacrent une composante entière à la lutte contre le changement climatique et à la prévention des risques de catastrophes. Aussi, il a été mis sur pied le Plan d’Action National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PANA) en septembre 2009. Egalement, des organes ont été mis en place dont l’Agence Nationale de la Protection Civile (ANPC) ; l’Agence Nationale de la Salubrité Publique (ANASAP) ; l’Agence Nationale de Gestion de l’Environnement (ANGE)...

D’une manière plus spécifique, la réaction du gouvernement s’est traduite par une série de trois interventions telles que les opérations de secours d’urgence ; une évaluation rapide ; et une évaluation approfondie. Aussi, dans la même perspective, le gouvernement a fait actualiser en 2004 le Plan Directeur d’Assainissement (PDA) en vigueur depuis 1986, pour mieux drainer et maîtriser les différents bassins versants de la commune de Lomé. Ce plan actualisé a fait des propositions d’aménagement de 24 Bassins de Rétention (BR) pour un volume total de 1,35 millions de mètre cubes d’eau à stocker ; de construction de canaux de différents types, dont 30 km de canaux primaires sous forme de conduites de gros diamètres, de dalots et de caniveaux à ciel ouvert.

Par ailleurs, des ouvrages sont mis en place, notamment : le bassin de Tokoin Tamé, la dépression de Togo 2000, la station de relevage du lac Est, l’émissaire en double conduite, la station de pompage de Todman, le bassin d’Atikoumé, d'Agbalépédovi, d'Avédji 1 et 2, Novissi, 2 lions, Sani Yaya, EPP 13 janvier, Bè (aéroport), EDA OB, Nukafu, Agoè Assiyéyé, Cap Champion, Ségbé, etc.

IV. LES BILANS DES MESURES PRISES

La mise en place des différentes mesures ont permis d’aboutir à des résultats positifs : réduction des risques, gestion plus ou moins adaptée, construction des lacs artificiels et bassins de rétention d’eau, mise en place des systèmes de pompage d’eau de pluie, orientation des constructions dans les zones à risque. Cependant, quelques manquements sont à souligner : le débordement des bassins par moment ; l’inefficacité des systèmes de pompage et de drainage. Tout ceci engendre chaque année des pertes matérielles et humaines, le ralentissement des activités économiques et l’impraticabilité des infrastructures routières.

Le SIG comme bouclier territorial

Infographie : Le SIG comme bouclier contre les inondations à Lomé
Stratégie de résilience urbaine par l'intelligence spatiale (MNT & Talwegs) — © KGM EXPERTISE

Pour KGM EXPERTISE, la solution réside dans la Modélisation Numérique de Terrain (MNT). Nous aidons les communes à identifier les zones de talwegs et à imposer une police de l'urbanisme scientifique. Planifier le drainage en suivant la gravité naturelle est la seule voie pour protéger durablement les populations du Grand Lomé.

V. LES CAUSES DU PHENOMENE D’INONDATION

1. Facteurs naturels : La dégradation de l’environnement et les dysfonctionnements hydrologiques participent activement au phénomène. Le type de relief constitue également un paramètre prépondérant. Par ailleurs, le mois en cours et les précédents ont été marquées par des précipitations exceptionnelles. La compaction de la surface du sol due à l'impact des gouttes de pluie (battance) peut avoir pour conséquence la formation d'une croûte dense et imperméable.

2. Facteurs humains : Les modes d’occupation, la mauvaise gestion des terres et l’exploitation des drains accroissent le rythme du phénomène. La croissance démographique, l’évolution horizontale des villes et le comblement des marécages par des déchets solides augmentent le risque de survenance des inondations par débordements.

VI. LES APPROCHES DE SOLUTIONS, LES OUTILS ET PROCESS

Il faut des opérations urgentes et des actions à long terme pour résoudre l'inquiétant problème :

Par : KODOMMA Gnimdou M., GNONOUGLO Amévi Georges, HOUIANSON Koffivi Biova, KELEKI Falla Balakiyem, SINDJALIM Atéfèignim, TABETI Djima Olivia, YAMBORE Yendoubou : Gestionnaires des collectivités locales.

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